Un ingrédient que les pizzaioli d'une certaine génération connaissent bien, que les grands-mères napolitaines n'ont jamais cessé d'utiliser, et que les laboratoires artisanaux les plus attentifs remettent silencieusement sur le devant de la scène. Il s'appelle saindoux, et en 2026, il redevient un acteur clé, sans demander la permission.
Pendant des décennies, il a été le grand exclu. Victime première de la révolution des huiles végétales dans les années 70, puis de la peur collective des graisses saturées, le saindoux était devenu presque un mot tabou dans la cuisine moderne. Pourtant, ceux qui ont continué à l'utiliser, de la pizza frite napolitaine à la crescia marchigiana, de la sfoglia romagnola aux tigelles, n'ont jamais eu de doutes : avec du saindoux, la pâte change. Pour le mieux.
Que fait le saindoux à la pâte à pizza ?
Le saindoux est une graisse plastique, c'est-à-dire solide à température ambiante mais capable de se répartir uniformément entre les mailles du gluten pendant le pétrissage. Cela a trois effets techniques directs et mesurables. Première chose : le réseau glutineux devient plus extensible et moins tenace, la pâte s'étend sans se rétracter, sans déchirement, sans stress. Deuxième : pendant la cuisson, le saindoux fond progressivement en créant des microbulles de vapeur à l'intérieur du bord, qui devient alors alvéolé, léger, presque soufflé. Troisième : la graisse animale apporte avec elle des acides gras saturés à chaîne courte qui contribuent à la réaction de Maillard, favorisant un brunissement plus prononcé et uniforme, même à des températures relativement basses.
Le résultat est un bord qui gonfle de manière régulière, avec une croûte fine et croustillante à l'extérieur et une mie filante à l'intérieur. Exactement ce que l'on recherche, et qu'avec de l'huile d'olive extra vierge seule, il est plus difficile d'obtenir de manière constante.
Quelle quantité faut-il utiliser ?
Dans la tradition napolitaine la plus ancienne, le saindoux était présent en pourcentages entre 2 % et 5 % du poids de la farine. C'était la norme, pas l'exception. La même pizza frite, aujourd'hui intégrée dans les menus gourmet des meilleurs restaurants, ne serait pas ce qu'elle est sans du saindoux dans la pâte et la friture.
Artisanat, chaîne d'approvisionnement et "clean label"
Le retour du saindoux en 2026 n'est pas de la nostalgie. C'est une culture gastronomique qui rencontre une nouvelle conscience du consommateur. Le saindoux artisanal, obtenu à partir de porcs élevés en plein air, travaillé à froid, a une étiquette d'un seul ingrédient : graisse de porc. Aucun additif, aucun émulsifiant, aucun processus industriel. Exactement le contraire de nombreuses margarines végétales utilisées dans l'industrie de la boulangerie pendant des décennies.
Le marché le confirme : les graisses animales comestibles connaissent une croissance mondiale sans précédent, avec l'Italie parmi les marchés européens à la plus forte accélération. Et dans les laboratoires les plus innovants, le saindoux revient dans les mélanges avec de l'huile d'olive extra vierge, comme élément technique de précision plutôt que substitut générique.
La leçon est simple : la tradition avait raison. Le saindoux n'était pas un compromis, c'était un choix.
Il Circolo del Forno